"Trauma-informed" est devenu un label marketing. On le trouve sur des retraites de yoga, des formations en ligne de 3 jours, des applications de méditation. Pourtant, dans le domaine du breathwork, ce terme recouvre des exigences très précises — et son absence peut exposer les participants à des risques réels.
Qu'est-ce que le trauma, d'abord ?
Le trauma n'est pas l'événement — c'est ce que l'événement a laissé dans le corps. Peter Levine, fondateur du Somatic Experiencing, définit le trauma comme une réponse de survie incomplète : le système nerveux a été activé face à une menace, mais n'a pas pu terminer le cycle de régulation.
Ce résidu reste dans le corps — sous forme de tensions chroniques, de réactivité, d'états dissociatifs, de patterns respiratoires figés. Et il peut être réactivé sans avertissement — par une sensation physique, une odeur, un son. Ou par une session de breathwork.
Bessel van der Kolk, psychiatre et chercheur, a montré dans ses travaux que le trauma se stocke dans les systèmes subcorticaux du cerveau — là où la pensée rationnelle n'a pas accès. Les thérapies top-down (cognitives) ont un impact limité sur le trauma. Les approches bottom-up — qui passent par le corps — sont plus efficaces pour atteindre ces zones.
Van der Kolk, B. (2014). The Body Keeps the Score: Brain, Mind, and Body in the Healing of Trauma. Viking.Pourquoi le breathwork peut réactiver le trauma
La respiration est profondément liée aux réponses de survie. Une respiration rapide peut mimer physiologiquement l'état de danger. Une rétention peut réactiver des états de freeze. Une respiration circulaire peut déclencher une libération somatique intense.
Chez une personne sans antécédents traumatiques significatifs, ces réponses sont gérables. Chez une personne avec un trauma non traité — et selon l'OMS, la prévalence des troubles liés au trauma dans la population générale est significative — elles peuvent déclencher une rétraumatisation ou un état dissociatif non accompagné.
L'Organisation Mondiale de la Santé estime que 70% de la population mondiale sera exposée à au moins un événement potentiellement traumatique au cours de sa vie, et qu'environ 20% développera un trouble stress post-traumatique. Dans un groupe de 10 participants à une session de breathwork, statistiquement plusieurs ont des antécédents traumatiques.
WHO World Mental Health Surveys (Kessler et al., 2017). Trauma and PTSD in the WHO World Mental Health Surveys.Ce que "trauma-informed" signifie vraiment
Être trauma-informed ne signifie pas "éviter le trauma". Cela signifie organiser sa pratique en reconnaissant que le trauma est probable — et disposer des outils pour accompagner ce qui peut émerger.
Les 6 principes du cadre trauma-informed (SAMHSA)
1. Sécurité
Créer un environnement physique et émotionnel dans lequel le client se sent en sécurité — avant même de commencer à respirer.
2. Confiance et transparence
Expliquer clairement ce qui va se passer, ce qui peut émerger, et comment le praticien sera présent. Pas de surprises.
3. Choix et consentement
Le client a toujours le droit de s'arrêter, de modifier l'intensité, de ne pas continuer. Le consentement est continu — pas juste signé à l'entrée.
4. Collaboration
Le praticien n'est pas l'expert qui sait mieux que le client ce dont il a besoin. Il est présent pour accompagner — pas pour diriger.
5. Empowerment
La session renforce la capacité du client à se réguler lui-même — elle ne crée pas de dépendance au praticien.
6. Sensibilité culturelle et intersectionnelle
Reconnaître que le trauma est toujours situé dans un contexte social, culturel, corporel. L'accompagnement ne peut pas être décontextualisé.
Concrètement : ce que ça change dans une session
Un praticien trauma-informed ne suit pas un protocole rigide. Il lit le système nerveux de son client en temps réel — via la posture, la respiration, la couleur du visage, les mouvements involontaires — et adapte son accompagnement en conséquence.
Il sait reconnaître un état dissociatif et comment y répondre. Il sait quand ralentir la respiration, quand proposer un ancrage, quand simplement rester présent sans rien faire. Il sait aussi quand orienter vers un professionnel de santé.
Une revue systématique publiée dans le Journal of Trauma & Dissociation a montré que les interventions somatiques incluant la respiration consciente, lorsqu'elles sont délivrées dans un cadre trauma-informed structuré, produisent des effets significatifs sur la réduction des symptômes traumatiques — supérieurs aux interventions cognitives seules pour les traumas complexes.
Ogden, P. & Fisher, J. (2015). Sensorimotor Psychotherapy: Interventions for Trauma and Attachment. Norton.Le breathwork sans cadre trauma-informed : les risques concrets
Sans cadre trauma-informed, une session de breathwork peut déclencher :
Des flashbacks somatiques — réactivation de mémoires corporelles sans contexte de traitement. Des états dissociatifs non accompagnés — déconnexion du corps et de la réalité que le praticien n'identifie pas. Une rétraumatisation — le corps revit une expérience traumatique sans les ressources pour l'intégrer. Un état d'hyperactivation chronique — le système nerveux reste en mode alerte après la session.
Important chez SwissBreathwork® : Le breathwork thérapeutique trauma-informed nécessite obligatoirement un accompagnement par un Praticien SBW™ certifié. Ce n'est pas une recommandation — c'est une condition de sécurité non négociable.
Expérimenter le breathwork dans un cadre trauma-informed rigoureux — avec Aline Toko et ses Angels Praticiens SBW™.
Réserver une session →Sources et références
Van der Kolk, B. (2014). The Body Keeps the Score. Viking.
Levine, P.A. (2010). In an Unspoken Voice. North Atlantic Books.
SAMHSA (2014). Trauma-Informed Care in Behavioral Health Services. Treatment Improvement Protocol Series 57.
WHO World Mental Health Surveys — Kessler et al. (2017).
Ogden, P. & Fisher, J. (2015). Sensorimotor Psychotherapy. Norton.
Porges, S.W. (2011). The Polyvagal Theory. Norton.